Voyage au bout de la nuit

♥♥♥♥ – 4/5

Cela fait plusieurs semaines que j’ai fini ce livre et j’ai beaucoup de mal à trouver les mots pour en parler.

celine«  Lorsque Ferdinand Bardamu s’engage dans l’armée, il côtoie la Grande Guerre et ses horreurs. Il y perd ses illusions, en même temps que son innocence et son héroïsme. En Afrique, où le colonialisme lui montre une autre forme d’atrocité, Bardamu s’insurge de cette exploitation de l’homme par l’homme, plus terrible encore que la guerre. En Amérique, où le capitalisme conduit à la misère des moins chanceux, Bardamu refuse toute morale et survit comme il peut, entre son travail à la chaîne et son amour pour Molly, généreuse prostituée. En France, où il exerce comme médecin de banlieue, Bardamu tente d’apaiser les malheurs humains. Au fil de son voyage, étape par étape, il côtoie sans cesse la misère humaine et s’indigne, cynique et sombre comme la nuit. »

«  Nous venions d’arriver au bout du monde, c’était de plus en plus net. On ne pouvait aller plus loin, parce qu’après ça il n’y avait plus que les morts. »

Cela a été une lecture difficile car au bout de quelques pages je tombais de sommeil… Non pas que cela ne me plaisait pas, mais l’intensité de chaque mot nécessite une concentration totale (et à 23h cela ne dure pas longtemps). Derrière le style populaire parlé, aux phrases parfois longues et alambiquées (où il faut suivre le narrateur), se laisse deviner une intelligence des mots rare et une maîtrise parfaite. Cette familiarité voulue est brillante, car les mots sont d’autant plus percutants et justes.

« Je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans. Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi…Je la refuse tout net avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils 995 même et moi tout seul, c’est eux qui ont tort et c’est moi qui ai raison car je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir. »

Surnommé le « Zola du 20e siècle », Céline, ce génie littéraire nous embarque, véritablement, pour un voyage au bout de la nuit. Tout au bout de la nuit. Au plus sombre de l’humanité. Cette descente en enfer est d’autant plus terrifiante que notre héros, Louis-Ferdinant Bardamu est un médecin qui ne résout rien.

«  Faire quelque chose… C’était mon devoir, comme on dit. Mais j’étais trop bien assis et trop mal debout. »

Lâche, il est témoin des bassesses des hommes et ne fait rien. Jamais il ne se surpasse, ne se fait violence, ne se bat. Il vivote.

Même lors de ses vacances à Toulouse, sous le soleil et écrasé de chaleur, Louis-Ferdinand accable et noircit le tableau. Même lors d’une promenade au parc, sous le ciel printanier, tout devient noir et empreint de pessimisme.

« L’immense éventail de verdure du parc se déploie au-dessus des grilles. Ces arbres ont la douce ampleur et la force des grands rêves. Seulement des arbres, je m’en méfiais aussi depuis que j’étais passé par leurs embuscades. Un mort derrière chaque arbre. (…) A côté du kiosque la vieille dame aux sodas semblait lentement rassembler toutes les ombres du soir autour de sa jupe. »

Je salue le génie de cette oeuvre incontournable. Mais une lecture me suffit. A vie.

J’ai eu la chance, hier soir, d’aller écouter Fabrice Lucchini lire « Voyage au bout de la nuit ». C’est un vrai bonheur, Lucchini rend hommage à la justesse et l’intelligence du texte,  tantôt accablant (le malaise dans la salle était palpable), tantôt plein de cynisme (rendant certains passages franchement drôles, voir ci-dessous). Si vous pouvez, allez-y ! C’est une réussite.

« Même à déboucher les cabinets, elle devait souvent renoncer la mère Cézanne tellement c’était difficile. «  Je ne sais pas ce qu’ils mettent dedans, mais faudrait pas d’abord qu’elle sèche!… Je connais ça… Ils vous préviennent toujours trop tard !… Ils font exprès d’abord !… Où j’étais avant il a même fallu faire fondre un tuyau tellement c’était dur!… Je ne sais pas ce qu’ils peuvent bouffer moi… » »

Challenge chez Bianca
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6 réflexions sur “Voyage au bout de la nuit

  1. C’est un auteur que je n’ai pas encore lu mais qui ne m’attire pas du tout, un jour sans doute je me déciderai à le lire. Merci pour cette 8è participation 🙂

    1. Lecture ardue c’est vrai mais qui reste exceptionnelle !! Ma 9ème participation arrive bientôt avec l’écume des jours !!!

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