Fendre l’armure

Autre titre d’article envisagé pour cette chronique : « Le grand déballage sur Anna Gavalda et moi, ou comment j’ai rompu avec mon premier amour livresque ». Parce que, oui, il y avait une relation forte entre Anna Gavalda et moi. Seulement la première ne le savait pas, je n’étais qu’une parmi ses lectrices, et malheureusement la deuxième, c’est-à-dire moi, était en instabilité émotionnelle forte, au bord de la rupture. Pourquoi ? Laissez-moi vous raconter !

Je me souviens encore de la claque que fut la lecture d’Ensemble, c’est tout. Une vraie révélation, un coup de cœur pour ce style, cette écriture si particulière, l’histoire de Camille, Philibert, Franck m’avait émue et longtemps accompagnée. Il y a eu un « avant » et un « après» cette lecture, dans ma vie de lectrice. Son précédent roman Je l’aimais et son recueil de nouvelles Je voudrais bien que quelqu’un m’attende quelque part m’avaient tout autant séduit, la délicatesse de ses mots, ses personnages attachants, ces situations universelles si bien décrites, avaient fait résonner quelque chose en moi.

Sauf qu’après Ensemble, c’est tout, il y a eu un vide intersidéral. Un désert artistique vaste comme l’océan. D’abord, La Consolante, que j’ai lu sans retrouver la grâce de son précédent roman, verte de dépit que j’étais.
Puis, après des longues années d’absence et de silence, sort enfin Billie. Précautionneuse, je me réjouis pourtant de retrouver cette auteure qui m’avait tellement charmée, malgré le nombre de pages limité. Douche froide. Pire : un condensé de bons sentiments pseudo-littéraire pitoyable.
Puis, quelques mois plus tard, sort La vie en mieux, recueil de deux nouvelles, gentillet, sympathique. Voilà, constat difficile à tirer mais, Anna Gavalda, cette auteur que j’avais placée sur un piédestal, dont les personnages m’avaient tourneboulée, dont l’écriture incisive m’avait captivée, est devenue une auteure de nouvelles. Pas mauvaises. Ni vraiment bonnes. Peut-être a-t-elle mis dans Ensemble, c’est tout tout ce qu’elle avait dans le cœur, dans les tripes ?
J’avais fait mon deuil de cette écrivain qui avait marqué mes jeunes années. On change, on évolue, on n’aime pas les mêmes choses, on ne lit pas les mêmes livres à vingt ans qu’à trente. J’avais évolué et peut-être affiné mon palais littéraire. Elle avait peut-être perdu son regard, sa patte.

Alors quand le magazine Lire décerne pas moins de 4 étoiles à son nouveau recueil de nouvelles Fendre l’armure, je chante, je saute, je suis heureuse. Youpi, Anna Gavalda a renoué avec sa prose, ses envolées lyriques, l’acuité de son regard pour disséquer sentiments, sensations et société. Une fois n’est pas coutume, j’achète le livre. Moi qui suis devenue une inconditionnelle de la bibliothèque et des bouquinistes.
Re-douche froide. Gelée même. Hormis une nouvelle « Mes points de vie » que j’ai trouvé attachante – peut-être parce que je suis maman, ce recueil m’a semblé être un patchwork mal assemblé d’anecdotes, d’idées puisées ici et là (certaines intéressantes mais dont l’application m’a terriblement déçue), parasité par les stéréotypes et les clichés et, surtout, paralysé par un style, une écriture qui sonnent faux et « too much ». Rien de l’authenticité qui m’avait tant plu dans ses premiers ouvrages, rien de sa verve ni de sa finesse. Rien à retenir, si ce n’est que, heureusement, le recueil se lit vite.

Comme disait Émile, on peut tromper mille personnes une fois, on peut tromper une fois mille personnes, mais on ne peut pas tromper une personne mille fois. Je jette l’éponge, on ne m’y reprendra plus, ma bibliothèque n’accueillera plus Anna Gavalda.

 


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