Stefan, Lotte et Pétropolis

A quinze ans, j’ai découvert Stefan Zweig avec Amok et Lettre d’une inconnue. Et mon envie de lire ses oeuvres ne s’est jamais tarie. C’est un auteur extraordinaire, sa plume est d’une délicatesse et sa vision des sentiments est brillante.

Le parcours incomparable de l’écrivain et sa fin tragique m’ont fasciné. Avec ce livre « Les Derniers Jours de Stefan Zweig », dont j’ai entendu le plus grand bien, j’allais me glisser dans les coulisses de son dernier Acte.

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« Le 22 février 1942, en exil au Brésil, Stefan Zweig et sa femme Lotte mettent fin à leurs jours, dans un geste désespéré, mûri au coeur de la tourmente. Des fastes de Venne à l’appel des ténèbres, ce roman restitue les six derniers mois du grand humaniste devenu paria et de son épouse. Deux êtres emportés par l’épouvante de la guerre : Lotte, éprise jusqu’au sacrifice ultime et Stefan Sweig, inconsolable témoin du « monde d’hier. »

« Les Derniers Jours de Stefan Zweig » est un roman d’une rare puissance et d’une beauté bouleversante. La prose est fine, l’écriture simple mais poétique. On retrouve un peu de Zweig dans le ton et l’approche psychologique des personnages. Dans ces pages, la fin est connue de tous. Ce qui est intéressant c’est le chemin qui y mène, c’est découvrir l’homme tourmenté derrière l’écrivain, c’est connaître cette épouse qui suit son amour même dans la mort. C’est comprendre le geste ultime, en février 1942. Alors que les Etats-Uni sont entrés en guerre.

Cette lecture, c’est aussi découvrir la mélancolie constante de Zweig et son pacifisme, voire même son impuissance ou sa paralysie devant les évènements. Ce choix de rester impartial, de ne pas utiliser son nom ou son renom pour aider des milliers de Juifs (même s’il a aidé des compatriotes à obtenir visas et laissez-passer, il a choisi d’arrêter)… J’ai trouvé cette volonté de s’exiler, certes romanesque, mais lâche. Voilà c’est dit. Je n’arrive pas à comprendre son besoin de fuir sans cesse, de vouloir vivre, en dehors du monde, alors que d’autres mourraient… De ne se sentir à l’abri, ni à New-York, ni à Rio, ni finalement dans cette ancienne capitale impériale brésilienne, Pétropolis. On ne peut présumer de notre réaction au temps de guerre, mais on espère de cet héroïsme qui forge les légendes. Stefan Zweig était sûrement rongé par la culpabilité. La culpabilité d’avoir senti l’horreur des évènements, d’avoir fui à temps. Sa lucidité devait le tarauder, et son culpabilité ne lui laisser aucun répit. Peut-être est-ce finalement un acte héroïque que de mettre fin à ses jours, plutôt que de demeurer spectateur impuissant de cette guerre qu’il croyait perdue, nostalgique de son monde d’hier qu’il pensait à jamais détruit ? Il faut du courage pour prendre une telle décision. Le courage qu’il lui a manqué pour se dresser contre les nazis, il l’aura trouvé dans sa mort.

Stefan Zweig était un immense homme, un écrivain rare, un génie des sentiments, un nostalgique, un mélancolique dépressif, que la folie de la guerre et de l’antisémitisme a poussé au suicide.

« Nous avons décidé, unis dans l’amour, de ne pas nous quitter« .

PS : ce livre m’a vraiment bouleversé… tantôt je méprise la lâcheté de Sweig, tantôt je salue sa bravoure, parfois je ne comprends pas son geste et souvent je l’admire et le respecte. Au fond, je pense que seules deux personnes savent ce qui s’est réellement passé : Stefan Sweig et son épouse Lotte, le reste n’est que poésie.


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