Gervaise et la Goutte d’Or

Un de mes challenges tacites avec moi-même était de découvrir Zola ! Je n’ai lu que deux romans : Thérèse Raquin et Nana. Alors que cet écrivain prolifique a son Germinal en 4e livre préféré des Français et son Assommoir en 20e position !
Je me devais de combler cette lacune (énooorme) et partir à l’assaut de cet écrivain. N’écoutant que mon courage, je plaçai mon harnais et me lançai à la rencontre de Gervaise.

Gervaise, Gervaise, Gervaise…
Quelle vie, quel personnage, une grande claque dans ma gueule (‘xcuse my french) !

Gervaise, c’est tout le monde et n’importe qui. C’est une femme française au 19e siècle qui essaie de s’en sortir. Qui travaille, sans relâche, pour acheter à manger. Pour survivre. Qui, lassée à 40 ans, baisse les bras, et laisse la poussière, la misère et la faim prendre le dessus sur sa vie…

Le réalisme de Zola, sa façon d’écrire (seules quelques scènes marquantes de la vie de Gervaise sont décortiquées dans le détail, le reste n’est que le temps qui passe, l’alcool qui fait des ravages, l’argent qui vient à manquer) sont exceptionnels. C’est poignant et fort. On a envie de secouer Gervaise, non il n’est pas trop tard pour se battre, ne baisse pas les bras, continue encore à travailler, à te battre… On a envie de tirer l’oreille de son mari à la sortie de l’Assommoir, de lui piquer l’argent avant qu’il n’aille le boire, de mettre Lantier à la porte à coup de pied aux fesses. On a envie de sortir Lalie des griffes de son père, de  rabattre son claquet à Mme Lorilleux.

Le livre est sorti fin du 19e siècle, je n’imagine pas le tollé que cela a fait ! Enfin les pauvres gens sont mis sur le devant de la scène. On découvre comme ils vivent, leurs peines, leurs joies… Leurs journées à trimer pour huit sous… A vivre empilés les uns sur les autres. Solidaires parfois, jaloux souvent. L’alcool est le réconfort de nombre d’entre eux, les coups le quotidien de beaucoup de femmes, les hommes déformés, méconnaissables par l’alcool. Coupeau, le mari, finit dans un asile psychiatrique, rongé par l’eau de vie. L’argent est leur obsession : en gagner assez pour survivre, le luxe serait d’en économiser suffisamment pour quitter ce quartier, partir loin de ces taudis, de Paris où le ciel est gris, où les murs sont délabrés, où la pauvreté a raison de tout.

C’est sombre, c’est dur. On attend la dégringolade, inéluctable.

L’idéal de Gervaise « serait de travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour dormir, vous savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage… Ah! je voudrais aussi élever mes enfants, en faire de bons sujets, si c’était possible… Il y a encore un idéal, ce serait de ne pas être battue (…) et je mourrais volontiers dans mon lit, chez moi » .

Si seulement, Gervaise, si seulement.


6 réflexions sur “Gervaise et la Goutte d’Or

  1. Oh, c’est compliqué…il y’en a plein qui me viennent en tête, c’est difficile… ^^ Je crois que, si je m’écoutais, je te les conseillerais tous… 😀
    En vrac : La Faute de l’Abbé Mouret, je crois que c’est mon préféré, l’un de mes plus gros coups de coeur littéraires, tous genres confondus… 😉
    La Bête Humaine est percutant mais ô combien haletant et captivant… L’Oeuvre et Germinal m’ont bien plu aussi… A part Le Rêve, qui m’a laissée un peu indifférente, dans l’ensemble, Les Rougon-Macquart m’ont tous plu. ^^

  2. Mon premier Zola, lu l’été entre la Première et la Terminale… oui oui, c’est super précis mais ce roman m’a fait un tel effet que je me souviens encore particulièrement bien du moment où je l’ai lu ! Depuis, je n’ai plus jamais lâché Les Rougon-Macquart, je les ai tous et ils m’accompagnent depuis presque dix ans.
    L’Assommoir est un roman formidable… je ne supporte pas de lire un peu partout la petite blagounette trop facile : L’Assommoir, c’est assommant… :/ Il faut juste prendre le temps de découvrir l’oeuvre et on se rend compte alors qu’elle est percutante… Tu dis que la découverte du personnage de Gervaise a été une grande claque dans ta gueule et… oui, je te comprends totalement !! 😉 Je ne sais pas si c’est le ressenti que j’ai, je dirais qu’elle m’a impressionnée mais je comprends totalement ce que tu veux dire. Quel roman ! ! Quel classique ! ! Il n’est pas positif, loin de là, mais il est à lire. Ne serait-ce que pour ne pas oublier que le XIXème siècle, c’est un siècle d’émulation, d’industrialisation, d’avancées culturelles et sociales… mais aussi de misère noire.

    1. J’ai des grandes lacunes en Zola : je n’en ai lu que trois : Nana, L’Assommoir et Au bonheur des dames. Les trois, superbes. Il faut que je continue l’exploration de son oeuvre si riche. Tu me conseilles quoi, comme prochaine lecture ?

  3. Un de mes Zola préférés (après Au bonheur des dames, of course). Un livre tellement frustrant: à chaque page j’ai espéré que Gervaise s’en sorte et j’ai suivi le yo-yo de sa vie avec angoisse. Un très bon moment de lecture.

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