Les derniers jours de Rabbit Hayes

rabbit okLe premier roman d’Anna McPartlin, paru aux éditions du Cherche-Midi en 2016, nous raconte, comme son titre ne pourrait mieux l’indiquer, les derniers jours de Rabbit Hayes, maman célibataire de quarante ans, atteinte d’un cancer au stade terminal, qui entre, dès la première page du roman, en maison de soins palliatifs.
Autour d’elle, gravitent sa famille (sa fille de douze ans, parents, frère et sœur) et ses amis, qui tentent – tant bien que mal et bien malgré eux – d’accepter l’inéluctable dénouement.

J’ai lu ce livre suite aux nombreux avis positifs que j’ai rencontrés un peu partout sur Internet et Instagram.
Invoquer le célèbre adage « Tous les goûts sont dans la nature » serait un début d’explication pour l’avis que je vais vous donner, mais ce serait trop facile. Explication en 5 points (attention spoilers) :

L’écriture
L’idée de départ, le fil rouge du livre – cette maman qui va mourir et laisse derrière elle sa vie, sa famille, sa fille – est une mine d’or littéraire d’émotions à creuser, de personnages à façonner, de paradoxes à créer, de situations à exploiter.
Anna McPartlin réussit pourtant le prodige d’en faire un livre creux. Tout cela à cause de l’écriture. Qui est scolaire. Académique. Tout est expliqué, pré-mâché : les situations, les sensations, les sentiments. À trop prendre garde de ne pas entrer dans le pathos, l’auteur musèle toute suggestion d’émotion, tout frémissement d’émoi. L’éléphant dans la boutique de porcelaine. Rien n’est délicat. Rien n’est poétique.
Comme l’épisode de l’apparition des règles de Juliet. Immense moment de solitude littéraire. Je n’en revenais pas de ce que je lisais tellement c’était mauvais.
Mise en situation :  Juliet, douze ans, fille de Rabbit, vient d’avoir ses premières règles –   sans sa mère auprès d’elle – et entre catastrophée dans une pharmacie pour acheter serviettes hygiéniques et autres. Une vendeuse prend pitié d’elle, l’accompagne dans les toilettes du magasin et lui donne même une culotte (mais oui, elle avait une culotte propre dans son sac, quoi de plus normal). Extrait :

– Aucun problème. Moi j’ai eu mes premières règles sur un bateau de pêche avec mon père et mes deux frères !
– Ça a du être horrible, commenta Juliet en retirant son jean.
– J’étais en jupe. Mon frère a glissé dedans.
– Oh non !  » Juliet enveloppa sa culotte souillée et la mit à la poubelle.
« Il a pris cela pour des entrailles de poisson, je m’en suis bien tirée.
Amis de la poésie, bonjour.

Les personnages
Truffés de clichés, tous plus communs les uns que les autres. Les situations où certains expriment leur désespoir de perdre Rabbit sont peu crédibles (comme la sœur qui lance une tasse à la figure de son mari, pour ensuite faire l’amour comme des bienheureux).
Ils sont lisses. Creux. Vides.
Une ambivalence les rendraient complexes, plus travaillés. Il leur manque une existence propre, une profondeur, une ambiguité, un secret ou des regrets… Je ne sais pas moi, quelque chose qui les habite !
Et, pour en rajouter une couche, la présentation des personnages se fait comme si on lisait un CV. Académique, je vous disais. Aucune subtilité. On sait tout ou presque, tout de suite. Des élèments intéressants, et d’autres complètement hors-sujet. Des détails inutiles à l’intrigue, et surtout de la psychologie simpliste.

Parti pris humoristique
Un des nombreux travers de ce roman est son parti pris humoristique. D’une, le british humor est très difficile à traduire, et je l’ai ressenti dans ma lecture. Quand certaines blagues tombent à plat. Voire créer un malaise (cf. ci-dessous). Quand je devine, derrière le français, le jeu de mots anglais original (oui, j’ai ce pouvoir).
Et surtout, le parti pris de rire de tout et surtout de la mort musèle l’émotion. La légèreté permanente – qui n’est qu’une illusion, nous sommes d’accord – a ôté toute gravité à ma lecture. Surtout quand les blagues sont très très mauvaises. Car on s’arrête sur elles. Et il faut repartir à la recherche de l’émotion, qui a filé entre temps.

« J’ai transpiré comme un pédophile en costume de père Noël. »
Gros. Malaise.

L’intrigue
Au-delà de l’histoire phare des derniers jours de Rabbit Hayes, que sa famille appréhende tant bien que mal, nous avons accès, lorsque Rabbit dort et rêve, à son passé et à sa grande histoire d’amour avec Johnny.
Je n’ai pas vraiment été réceptive, à cette histoire d’amour tragique d’adolescents. Pourtant, je suis une lectrice sentimentale, qui ne dit jamais non à une belle histoire. Mais là, je suis restée indifférente.
Pour dire la vérité, je n’ai vu que les choses qui m’ont dérangé et je ne me suis jamais laissé porter par l’intrigue et le livre en lui-même.

Last, but not least : la traduction  
Je tempère (un peu) mon avis négatif à cause de la traduction, que je pressens très mauvaise. J’ai la chance de parler couramment anglais et de le lire sans problème. Parfois, je visualisais, à la lecture d’un jeu de mots bancal, ou même d’une phrase ou expression, ce que l’auteur voulait dire en anglais. Pour moi, l’âme du livre s’est perdue dans la traduction.

Voilà mon avis, quelque peu à contre-courant… du monde entier il me semble.
Ce roman se lit les larmes aux yeux (à cause de l’écriture) et le sourire au lèvres (de voir les pages défiler). 
Je ne conseille pas de le lire. Sauf si vous aimez les Musso, Lévy et autre. Ou que vous avez échoué sur une île et que c’est le seul livre à disposition. Et encore.

Sur ce, de beauvoir et à bientôt.


7 réflexions sur “Les derniers jours de Rabbit Hayes

  1. Je viens de publier mon avis – positif – mais comme virginie (ne le dites à personne) vient de me parler de ta critique, je viens faire ma curieuse! Je comprends tout à fait certains des points que tu mentionnes. J’avoue avoir critiqué le livre quelques semaines après l’avoir lu, ce qui m’a permis de me détacher de certaines de ces tournures de phrases que j’avait râtées à la lecture, ou très vite oubliées. Mais ce qui me reste, après coup, c’est la légèreté et l’absence de pathos qui restent quand même rares sur ce type de sujets…Comme toi, je n’ai pas accroché à l’histoire d’amour, et certains personnages, comme la soeur et la copine, ne m’ont pas embarqué. Mais j’ai été touchée par le charme de « l’héroïne » (ou surtout de son histoire car elle, elle reste en fait secondaire) et surtout de son frère, qui était pour moi le héros réel en reconstruction. En tout cas merci pour ta critique sincère, certes à contre courant mais c’est plus constructif comme ça, je trouve, et ça ne m’a pas empêché d’apprécier le livre de mon côté!

    1. Merci Picou (Marie) pour ton message – que je viens tout juste de voir (je découvre la nouvelle fonctionnalité Commentaires de wordpress… bref) ! C’est vrai que l’auteur ne fait pas dans le pathos, c’est ce que je retiens de ma lecture (hi hi hi) ! C’est super de pouvoir échanger, même si nos avis ne sont pas les mêmes… Et je reste persuadée que le livre doit être bien mieux en VO…

  2. Ah mince alors! lol
    Je suis en train de le lire… je suis d’accord pour le côté cliché des personnages. Bon, je n’ai pas lu ton avis en détails, je le lirai une fois ma lecture finie 😉

    1. Je le prépare justement 😉 mais grosse déception, je n’ai pas versé une seule larme, j’ai attendu l’émotion, en vain… comme tu le dis très bien, des personnages clichés, une histoire bien banale, que j’ai lu assez vite pour passer à autre chose.

  3. Haha bim dans ta face 😉 Bon c’est sûr je ne le lirai pas, mais ta chronique m’a bien fait rire !

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