Le diable au corps

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1923. Le Diable au corps paraît. Scandale. Premier (et seul) roman de Raymond Radiguet, poulain de Jean Cocteau. Pour l’époque, une histoire d’amour entre un jeune lycéen de 15 ans et Marthe, jeune épouse d’un poilu qui risque sa vie au front, ont de quoi soulever un tollé !

D’un style sobre, assez académique et plutôt fade, ce récit narratif est bien moins sulfureux que pouvait le laisser penser le titre (très péjoratif d’ailleurs. Faut-il, parce qu’une femme trompe son mari, qu’elle ait « le diable au corps » ? Vive le féminisme en 1923 !) et la 4e de couverture (Marthe disait : « Oui, mords-moi, marque-moi, je voudrais que tout le monde sache… »).

D’amour, il en ressort assez peu au final de ce court récit. C’est plutôt une fuite pour tous les deux : lui de son ennui et elle de son mariage sans amour. Il s’agit aussi de mettre sous cloche, le temps d’une étreinte, la Grande Guerre, les tranchées et les millions de morts. Se rappeler qu’on est vivant. Une aventure qui, malgré tous leurs projets illusoires, ne saurait résister à la paix revenue.

Le narrateur, du haut de ses insupportables quinze ans, ne m’a pas du tout apprivoisée, tant il est froid et habité d’une lucidité implacable. Séduire Marthe était un jeu pour combler son ennui. Il manipule, il trompe, il ment. Il éprouve l’amour de Marthe, jouant à l’enfant gâté, pour voir jusqu’où il peut aller. Aucune empathie, aucun altruisme. Toujours lui, lui, lui.

« Mais il me vexait que, dans une lettre de rupture, Marthe ne me parlât pas de suicide. »

Il n’y a pas de naïveté dans son égoïsme, ni d’amour dans ses actes. Vaniteux et orgueilleux, il se donne le beau rôle. Et n’éprouve aucun remords sur sa responsabilité dans le triste dénouement de son idylle.

Au-delà du contenu, ce roman est le testament d’un jeune prodigue, protégé de Cocteau, ami de Satie, qui meurt « bêtement » de la fièvre typhoïde à 20 ans. Comme un prélude à l’immensité qu’aurait été son talent.

« Le malheur ne s’admet point. Seul, le bonheur semble dû. »


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