L’invention de nos vies

♥♥ – 2/5

J’ai été ravie que le Goncourt soit attribué à « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître, aussi je voulais découvrir les trois autres finalistes pour me faire ma propre idée (facile de dire qu’on est contente des résultats quand on n’a pas lu tous les livres en compétition). Voici donc mon avis sur « L’invention de nos vies » de Karine Tuil.

tuilSam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ?
À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration…

Dès les premières lignes, le lecteur est happé par la cadence infernale des mots. Impossible de reprendre son souffle, il est subjugué. Imagé et percutant, le style ne laisse aucun répit.

« et pourtant on ne percevait que ça dès la première rencontre, la blessure subreptice, les échos tragiques de l’épouvante que ses plus belles années passées entre les murs crasseux d’une tour de vingt étages, entassés à quinze, vingt – qui dit mieux – dans des cages d’escaliers où pissaient les chiens et les hommes, que tant d’années à crever là-haut, au dix-huitième avec vue sur les balcons d’en face d’où brandillaient les survêtements – contre-façons Adidas, Nike, Puma achetées, marchandées à Taïwan/Vintimille/Marrakech pour rien ou chinées chez Emmaüs-, tricots de corps grisés, maculés de sueur, slips élimés, serviettes de toilette râpeuses, nappes plastifiées, culottes déformées par les lavages et les transmutations des corps, droit devant les antennes paraboliques qui pullulaient sur les toits/les façades comme les rats déboulant dans les caves enténébrées où personne ne descendait plus par peur du vol/du viol/de la violence, où personne ne descendait plus que sous la contrainte d’une arme, revolver/couteau/cutter/poing américain/matraque/acide sulfurique/fusil à pompe/bombe lacrymogène/carabine/nunchaku (…) »

Derrière ce rythme effréné se dessine l’histoire de ces trois amis, que la vie et l’amour ont séparé et qui vivent désormais dans la jalousie et les mensonges. On pressent l’inévitable chute, la descente aux enfers de Sam Tahar : « Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir ».

Habilement construit, ce livre n’en demeure pas moins assez convenu : l’intrigue est sans surprise. Certains dialogues sonnent faux, les personnages sont antipathiques et débordants de clichés. J’ai lu en diagonale des paragraphes entiers : entendre Samuel se lamenter sur son sort et envier la terre entière pendant des pages et des pages devient vite indigeste. Sam Tahar n’éprouve aucun remords, rien n’est de sa faute, s’il est devenu juif pour réussir, c’est uniquement de la faute des autres. Nina est faible, sans aucun amour-propre, à la merci de ces deux hommes, agissant selon leur bon vouloir. Bref, aucune empathie pour les personnages.

Et l’écriture haletante – séduisante au départ – donne au final le tournis et on frôle l’overdose !

Grande déception pour ce livre au style unique et cadencé, dont l’intrigue me séduisait mais qui n’a pas répondu à mes attentes.

Livre lu dans le cadre du
Challenge Rentrée Littéraire 2013.
-> 8/6
logorl2013


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