Le Joueur de Dostoïevski

De Dostoïevski, je n’ai lu que « Les Frère Karamazov », quand j’avais 16 ans. J’étais dans ma période russe : j’avais vu « Le Barbier de Sibérie » au cinéma, qui m’avait envoûtée et retournée. Je voulais découvrir ce magnifique pays à travers ses auteurs du 19e siècle, comprendre la fierté d’être russe, la folie qui les habite. Je dévorai « Anna Karénine » du grand Tolstoi, « Premier Amour » de Tourgeniev et « Les Frères Karamazov ». J’en garde le souvenir d’un livre dur, sombre et fort.

J’avais envie de découvrir une oeuvre de cet auteur, cachée derrière l’ombre du grand « Crime et Châtiment ». Un roman, peut-être moins connu, mais peut être plus révélateur de l’écrivain. Un texte peut être moins travaillé, moins corrigé, plus vivant, plus authentique. « Le Joueur » a été dicté en 21 jours par Fédor Dostoïevski à sa secrétaire.

Alexeï Ivanovitch, précepteur dans une famille russe, qui a pris ses quartiers à Roulettenbourg, ville d’eaux imaginaire en Allemagne, est amoureux de Pauline Alexandrovna, la fille de son employeur. Amoureux fou. Autour du précepteur se trame des drames financiers : le général russe est proche de la banqueroute, et tous n’attendent que la mort de la « Baboulinka » la grand-mère fortunée : le marquis des Grieux pour être remboursé de ses prêts, le général pour épouser Mlle Blanche qui n’en a qu’après son argent, Paulina pour épouser le marquis dont elle est amoureuse. Dans cette famille hétéroclite où l’argent est le maître mot, Alexeï Ivanovitch est un spectateur cynique et en retrait.

« Le Joueur » est un roman sur la passion. La passion amoureuse, la passion du jeu.
Son amour pour Paulina rend Alexeï fou, déraisonnable. Il se couvre de ridicule pour ses beaux yeux, il est prêt à mourir pour elle, un mot d’elle et il saute.  » Chaque jour je vous aime de plus en plus, et c’est pourtant presque impossible. Vous vous souvenez, il y a deux jours, sur le Schlangenberg, je vous ai murmuré, quand vous m’avez défié : dites un seul mot, et je saute dans le vide. Si vous l’aviez dit, ce mot, j’aurai sauté tout de suite. Ou vous ne le croyez pas, que j’aurai sauté ?  » Il est passionnément amoureux, sans espoir de retour. Elle est tantôt cruelle et méchante, des fois juste indifférente, mais parfois il devine qu’il y a peut être plus que ce qu’elle veut bien laisser paraître, et cela le rend fou. C’est par amour pour elle qu’il cède à un autre démon : le jeu.

La roulette attire Alexeï dès son arrivée à Roulettenbourg (on remarquera le magnifique « jeu de mot »). Dans l’immédiat, il ne joue pas pour lui, il a cette certitude qu’il gagnera dès qu’il jouera, pour lui. On sent que le jeu attire même les plus récalcitrants : la baboulinka perd 100 00 roubies en deux jours, tout à son obsession de gagner de l’argent, puis de se refaire etc. Alexeï accompagne la baboulinka le premier jour : « Moi aussi, j’étais un joueur ; c’est à ce que je sentis à cette minute précise. Tous mes membres tremblaient, j’avais la tête en feu » . Quand il joue enfin pour lui, il gagne une fortune dans un état second, fébrile. « Comme délirant  de fière, je poussai tout cette masse d’argent sur le rouge – et je reviens soudain à moi. C’est seulement là, cette seule fois, dans toute la soirée, dans toute cette partie, que la peur me traversa comme un vent glacé et me fit passer un frisson dans les bras et les jambes. Je le ressentis avec horreur, je venais de le comprendre : ce que cela signifiait, pour moi, de perdre maintenant ! C’est toute ma vie que je venais de miser ! » . Il ressent une jouissance indescriptible à ramasser tous ces billets. Il gagne en une soirée deux cent mille francs. Il dilapide tout en trois mois. Et il revient se refaire. Sans cesse. Demain j’aurai de la chance. Il suffit que je trouve 30 roubies. Il devient domestique pour gagner un peu d’argent. Pour ensuite, tout dépenser sur la roulette. Croyant à son bonne étoile. Il fait de la prison pour dettes, lui le précepteur orgueilleux. Mais, dans cette passion du jeu, il se perd lui-même.

Sous forme de confessions à un journal, le roman est fièvreux, haletant. Alexeï couche sur le papier ses émotions, sans détour. Il écrit ce qu’il ressent, sous sa forme la plus brute. Ici il n’y a pas de mensonges, même les sentiments les plus vils sont dits. Il n’est dupe de personne. Il est brouillon, passionné et fébrile.
Ses deux démons : la roulette et Paulina ne lui laissent aucun répit et il va s’évertuer, par le jeu, à prouver à Paulina qu’il l’aime. Jeu qui le perdra.

J’avais envie, en lisant Dostoïevski, de découvrir l’âme russe. Les facettes d’un peuple attirant et particulier, où l’arrogance d’être Russe est mêlée à une faiblesse face aux tentations. Un peuple hors du commun.
J’ai été comblée avec « Le Joueur », un livre magnifique.


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