La femme qui fuit

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Cela pourrait être moi, cette femme qui fuit, moi qui ai fui mon blog pendant trois mois, lassée par Instagram, par les réseaux sociaux, dépassée par la course effrénée à la lecture, aux piles à lire, aux chroniques à écrire et à partager sur Facebook, sur Instagram, sur Hellocoton, sur Babelio, eh oui, tout cela pour avoir plus de la visibilité et pour remonter dans les algorithmes… Surdose des (mêmes) coups de coeur incontournables, de la course aux prix littéraires, de l’homogénéisation des comptes qui lisent inlassablement les mêmes livres de la rentrée littéraire, tantôt dans le hamac (#labellevie), tantôt sur la plage (#pasenviederentrer #vivelesvacances)…
J’avais besoin de recul.

Et je me suis rendue compte que j’aimais trop les livres et l’écriture pour me tenir loin du clavier. Je reviens donc avec plus de simplicité, davantage de plaisir, moins de pression. Cette année, je ne cours pas les libraires pour acheter les livres de la rentrée littéraire, parce que truc ou machin les encense sur la toile. Je lis PAR PLAISIR.

Cet été, j’ai beaucoup lu, notamment La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette. À la mort de sa grand-mère qu’elle n’a pas connue, la narratrice retrace le parcours de cette femme unique, rebelle, artiste, activiste. C’est un destin de femme poignant, dans un monde régi par les hommes et par la religion, où être une femme se résume à se marier et avoir des enfants. Suzanne Méloche ne veut pas de sa vie, brise ses chaînes pour être libre. Mais la liberté, à quel prix ?

J’ai découvert une plume magnifique, d’abord celle de l’auteur qui a un style franc, rapide et toujours le mot ou la formule juste. Elle flirte souvent avec la poésie. Elle ne tombe jamais dans la pathos, et cela rend d’autant plus fort certains épisodes douloureux. Elle brosse avec finesse et sans complaisance le portrait de sa grand-mère démissionaire, et embarque le lecteur dans ses découvertes, en chapitres courts, comme autant d’indices laissés par cette aïeule.

Mais j’ai avant tout découvert la plume d’une poétesse superbe : Suzanne Méloche, artiste plasticienne, qui baignait dans ce milieu artistique des années 40, comme en France nous avions les surréalistes, le Québec avait ses artistes « Refus global ». Ses poèmes sont superbes, son destin beaucoup moins. J’ai eu beaucoup de mal à ressentir de l’empathie envers cette mère qui abandonne ses enfants. Les ravages de cet abandon sur ses enfants sont vertigineux, et donnent matière à réflexion sur l’enfance et la parentalité.
Ce geste d’abandon la hantera sans doute toute sa vie, jusqu’à finir folle. Elle meurt oubliée de tous, grande absente de la scène artistique québécoise malgré des débuts très prometteurs. Sa petit-fille la tire de l’oubli dans ce livre, mi-roman, mi-biographie. C’est une grande réussite.

Je cueille les sons échevelés à la mesure champêtre.
Je cultive les tremblements comme des perles.
Je vis les attentes candides au bord du chavirement.
Poids pesant que l’écrasante fraîcheur de mon écho, comme une assiette éclatante.
Libre pensée porteuse en fragile faïence.
La nappe m’offre son coin de fruits répandus.
J’ouvre les doigts comme une dentelle.
Le frôlement des galops m’effeuille.
Profondeur attouchée, si blanche. 


3 réflexions sur “La femme qui fuit

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