Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

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Cet été fut l’occasion de découvrir (enfin) un auteur que je n’avais jamais lu, mais dont j’avais entendu le plus grand bien (bien avant son prix Nobel). Je choisis donc de commencer par son dernier livre « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » – mais peut-être aurais-je dû débuter par son Goncourt « Rue des boutiques obscures ».

D’ailleurs, si vous voulez découvrir Patrick Modiano, je vous conseille cet article du Monde des Livres: « S’il ne fallait lire que cinq livres de Patrick Modiano« , pour ne pas rater votre découverte de cet écrivain (comme moi) !

Jean Daragane, vieil écrivain solitaire, reçoit un appel de Gilles Ottolini, qui a retrouvé son carnet, égaré la semaine passée. Lors de leur rencontre, ce dernier demande des informations sur un Guy Torstel, présent dans le carnet d’adresse, mais l’écrivain ne s’en souvient pas. S’ensuit alors divers échanges avec le bon samaritan (ou maître-chanteur ?) et sa compagne (sosie d’un ancien amour de Jean Daragane – bizarre) qui le poussent à se plonger dans sa mémoire à la recherche d’informations sur Guy Torstel, et à remuer d’autres souvenirs enfouis pour trouver des réponses…

Ce récit trouble et confus est une quête dans les méandres de la mémoire d’un vieil écrivain. C’est décousu et insaisissable. Le style de Modiano se prête très bien à cette nébuleuse plongée dans les souvenirs de Jean Daragane. C’est onirique (ses souvenirs ressemblent à ces rêves qu’on tente capturer au réveil et qui s’évanouissent dès qu’on y réflechit trop), riche et très poétique. L’écriture est fluide et authentique, sans ces clichés faciles qui ponctuent (malheureusement) souvent les récits, Modiano manie les mots brillamment et cela en fait une lecture très agréable.

Au fil de la lecture, on dépouille les souvenirs brumeux pour en extraire l’essentiel, le vrai : ce qui s’est réellement passé – selon les souvenirs de Jean enfant – et ce qu’il est advenu de cet enfant.

Autant l’écriture m’a conquise, autant l’intrigue m’a ennuyée. J’aimerai être plus sensible à ces plongées nébuleuses et décousues dans les souvenirs (sauf pour Confiteor que j’avais adoré). J’ai du mal à me projeter, car j’aime les choses claires et précises. Les tâtonnements faussement hésitants pour créer du suspense, les questionnements interminables et les rebondissements lassants m’ont découragés dans ma lecture.

La plus grande question demeure, à la fin du livre : qui sont Gilles Ottolini et Chantal Grippay ? Pourquoi enquêtent-ils sur Guy Torstel ? Ils débarquent dans la vie de Jean Daragane, comme un cheveu sur la soupe. On sent le coup fourré, la malhonnêté, mais on n’en saura rien. Ca finit en queue de poisson, et c’est très frustrant.

Malheureusement, pour moi, c’est une rencontre avec Modiano ratée…
M’avouerais-je vaincue ?

« Il n’avait écrit ce livre que dans l’espoir qu’elle lui fasse signe. Ecrire un livre, c’était aussi, pour lui, lancer des appels de phare ou des signaux de morse à l’intention de certaines personnes dont il ignorait ce qu’elles étaient devenues. Il suffisait de semer leurs noms au hasard des pages et d’attendre qu’elles donnent enfin de leurs nouvelles. »

 « Son rire et le bruit de leur pas résonnaient dans ces rues dont l’une portait le nom d’un écrivain oublié » 

« Il lui suffisait de dire la phrase qui lui était habituelle : « Attendez… je reviens ». Puis de sortir à l’air libre dans la nuit, et de respirer un grand coup. Et surtout d’éviter de se retourner sur une ombre, là-bas, qui resterait pour l’éternité à attendre, seule, à la terrasse d’un cafe. »


2 réflexions sur “Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

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